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Ce projet de recherche sera consacré à une histoire croisée du rapport des pratiques pénales à l’espace en Europe du XVIe au XVIIIe siècles. À partir d’un contexte particulier (celui de l’Empire germanique, pays de la monarchie autrichienne inclus, et des territoires avoisinants comme la Pologne), le projet s’intéressera, d’une part, à la manière dont les pratiques pénales s’appuient sur l’espace comme ressource et dont elles contribuent à construire des espaces de la justice dans un cadre impérial. Il envisage, d’autre part, d’analyser les effets récursifs qui résultent des imbrications et des interférences de ces espaces pour l’administration des peines.
La recherche traitera nécessairement de la question de l’articulation des différentes échelles (villes, Etats territoriaux, Cercles d'Empire, niveau impérial...) et celle de la gestion des frontières. Mais elle s’intéressera surtout - d'abord à l'exemple de la peine du bannissement - à l’émergence d'espaces interfrontaliers en tant que zones de contacts, d’échanges et d’actions communes pour aboutir à une histoire croisée des pratiques pénales attachée tant aux interactions entre acteurs sociaux, au niveau des régulations par les autorités et à celui des appropriations par les sujets, qu’aux circulations des pratiques et des savoirs donnant lieu à un processus débouchant sur un état inédit par rapport au point de départ. HISTOIRE SOCIALE DE L'ENFERMEMENT
(SAXE, XVIIIe-XIXe SIECLES)
La cohabitation des détenus et des gardiens est décrite comme une vie en commun marquée par des interdépendances parmi lesquelles on trouvait l’exercice de la violence, la contrainte de même que les relations sexuelles, les pratiques d’échange, l’appropriation et la transgression des structures et des frontières, la résistance et les contournements ingénieux des règles édictées. Selon notre thèse, l’enfermement engendre à la fois une affirmation et une contestation du pouvoir, l’exercice et la mise en doute de la domination, sa maîtrise et sa singularisation dans les conditions très particulières d’un agencement institutionnel de l’ordre et du présupposé de la répartition inégale des moyens d’agir. C’est donc un lieu social dans lequel évolue une « société enfermée ». HISTOIRE DES LUMIERES, DE LA SUPERSTITION ET DE LA FIN DES PERSECUTIONS DES SORCIERES (ANNABERG, XVIIIe SIECLE) Lorsque les habitants de la ville saxonne d’Annaberg furent frappés
en 1712 par une épidémie de différentes maladies
et des apparitions, ils en attribuèrent rapidement la cause à
la sorcellerie. Lorsque huit ans plus tard une commission d’enquête
du prince électeur referma son dossier sur « la maladie d’Annaberg
», il y eut une autre explication officielle des événements
: la tromperie. Au-delà de l’enquête à proprement
parler, les faits d’Annaberg provoquèrent un débat
auquel participèrent, outre des théologiens et les médecins
traitants, des savants des villes universitaires de Leipzig et Wittenberg.
Le projet achevé (publications) examine à partir d’une approche associant l’histoire sociale et celle des discours la manière dont on s’est disputé sur ces données pour en imposer la signification. Pour ramener le calme à Annaberg, l’interprétation démonologique devait être exclue. Cela eut finalement lieu, selon notre thèse, non pas par l'Aufklärung, mais par l’utilisation de moyens autoritaires de discipline jusqu’à l’enfermement des personnes « ensorcelées » – un processus par lequel des malades se transformèrent de victimes d’un ensorcellement en objets d’une pratique médicale, voire criminelle. Cette étude montre ainsi que le progrès ne doit pas être nécessairement compris comme uniquement rationnel, mais est toujours aussi lié à une histoire du pouvoir et de la mise à l’écart. |
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